Longtemps je suis sorti le soir.
Souvent ennuyé par les conversations, j’ai beaucoup observé mes congénères.
Dans un contexte festif, attitudes, gestes, positions en disent aussi long que les dialogues— d’où ma volonté de fixer des scènes vues et vécues en les peignant: car la peinture permet de montrer ce qui se joue du discours.
Mon ambition est de donner à voir dans des compositions très construites et avec une technique moderne les relations entre personnes sans mots et sans Dieu.

La série DIFFICILES LOISIRS
L’esprit festif est la règle aujourd’hui. Jamais se divertir et amuser les autres n’a été un impératif comportemental aussi largement poursuivi. Ibiza vendredi, Cancun samedi, Erasmus de sortie soirs et vacances dans la nuit mondialisée.
Ici se pose la série DIFFICILES LOISIRS : inspirée de la peinture religieuse et de la fresque italienne, elle fait le portrait de groupes de jeunes gens tentant frénétiquement de passer du bon temps. Cette série se compose de huit tableaux :

  • > L’ETE EN ESPAGNE. La nuit d’un groupe d’amis en vacances. Trois scènes successives : la fin du dîner, l’ivresse et l’aube.
  • > DANSE EN FRANCE. Deux scènes de danse d’appartement. Étude du ballet normé des gestes d’approche et de séduction. Une version FILLES (quatre filles et un garçon) et une version GARÇONS(deux filles pour six garçons)
  • > 2 x 2 + 1 et PUCELLES ET DAMOISEL, deux scènes sur les relations filles-garçons, le couple, la PNL (programmation neuro-linguistique).
  • IRIGNOIS. La note d’espoir. Un moment de communion entre amis.

La série L’ÂGE D’HOMME / L’ÂGE MÛR
Regarder un feu renvoie l’homme à son passé et son avenir. La série L’ÂGE D’HOMME / L’ÂGE MÛR représentant un jeune adulte encadré par deux de ses aînés se veut une illustration de plusieurs thèmes :

  • > le bilan et les perspectives de deux âges de la vie (vingt ans, l’âge d’homme ; cinquante ans, l’âge mûr ;
  • > les différents caractères de la jeunesse incarnée par le personnage du milieu (l – jeunesse décidée, entreprenante, belliqueuse ; ll – jeunesse angoissée, fragile, qui s’interroge)
  • > la relation entre les personnages symbolisant ces deux âges — et partant, de l’éducation, de la transmission, du conflit de générations.

Texte sur l’exposition ARTHUR METZ / ALEX EGEA

En un temps où la frontière entre expression et art semble devenir floue, où les deux démarches paraissent parfois confusément s’identifier, un retour vers une figuration assumée et affirmée — un figurationnisme, serait-on tenté de barbariser — s’affirme tant comme évolution inéluctable que comme progrès constructif.

Concernant les tableaux d’Arthur Metz et d’Alex Egea, cette figuration dépasse la simple représentation statique et figée pour devenir proprement élément de narration. Plus qu’un instant spatialement et temporellement fini et borné, chaque œuvre offre une ouverture à la causalité du récit. De cette narrativité sciemment tronquée, les artistes ne donnent qu’un morceau choisi, un échantillon qui ouvre au lecteur l’opportunité, à rebours ou au gré du courant, de parcourir le fil du récit esquissé selon son humeur, son imagination, et, plus que tout, son expérience.
En effet, c’est bien d’une peinture de l’expérience qu’il s’agit. Plus, d’un empirisme fondamental : les visages sont réminiscences, les scènes, vécues — réelles, fantasmées ou modelées dans le flou des souvenirs, flou du trait autant que du discours. Le récit est connu : connu de l’artiste, certes, et plus encore connu de tous. Car s’il s’agit d’un art fondamentalement générationnel, il l’est doublement : sur la frise du temps de l’Histoire aussi bien que sur celle de l’existence. C’est le visage d’une société bien contemporaine qui nous est révélé, celle d’une génération moderne, d’une « jeunesse égarée », pour reprendre les mots des artistes ; dans leurs références, leur analyse, leur quotidien ; pourtant, c’est dans le même temps le regard de tout un chacun sur son passé ou son présent. Presque inévitablement, Arthur Metz et Alex Egea nous renverront à nos souvenirs. Le générationnel, ainsi, devient universel.
Aussi, côtoierons-nous çà et là la silhouette brumeuse de la passante que l’on croisait sans l’aborder, le goût doux-amer des réveils difficiles qui au final, semblèrent ne rien nous apporter, la solitude du cœur des foules que chacun connaît au moins une fois, l’incompréhension des aînés face à leurs cadets, des cadets face à leurs aînés, que l’on est condamné à vivre d’un côté, puis de l’autre, sans même prendre conscience que l’on a passé la barrière.
En dépit de la variété de leurs techniques picturales, Arthur Metz et Alex Egea offrent des œuvres d’une grande cohérence entre elles. Si les ressentis sont propres à chacun des deux artistes, le traitement ou la sensibilité, résolument personnels, il ne fait nul doute que ces deux peintres parlent un même langage, pour raconter les facettes multiples d’un même monde, que la familiarité qu’il évoque rend plus fort encore.


Aymeric LANGLOIS, avril 2014